Le repos comme acte de résistance
Quoi de mieux que de faire une sieste au milieu de la journée ou passer quelques minutes à juste regarder par la fenêtre, le regard dans le vague? Des activités à tort trop souvent considérées comme "ne rien faire". C'est ce que nous encourage à faire Tricia Hersey dans son livre Rest as Resistance : a Manifesto : se reposer comme si sa vie en dépendait, parce que c'est le cas. Se reposer comme acte de résistance au système capitaliste et à la suprématie blanche.
Le repos comme justice réparatrice
Tous les moments de repos sont autant de moments récupérés pour nous, nos corps, nos esprits, nos communautés. Et autant de moments où on ne participe pas à ce système qui nous exploite, construit sur l'appropriation des corps, à commencer par celui des escalves noirs dans les plantations. Tricia Hersey se repose pour tous ses ancêtres à qui on a volé ce droit, comme une forme de justice réparatrice. Pour se réapproprier son corps, écouter ses besoins, arrêter d'être dans un état permanent d'épuisement imposé par un système qui nous demande de tenir un rythme inhumain. Un système qui exploite encore de manière disproportionné les femmes racisées qui occupent une grande part des emplois sous-payés et épuisants.
Le repos comme droit inaliénable
Pour Tricia Hersey, se reposer est un droit divin. Même si je ne partage pas ses croyances, je reconnais le repos comme un droit humain. Je vis au rythme de mon corps. Parce que pendant 36 ans, j'ai fait l'inverse. J'ai subi et souffert en attendant que peut-être un jour j'arrive à suivre. Que peut-être un jour je n'aurai plus de douleurs. A m'endormir en espérant secrètement ne pas me réveiller le lendemain, et finir par me lever les larmes aux yeux le matin. Rattrapée à 37 ans par un état d'épuisement tel que je ne pouvais physiquement plus me lever.
Alors ces deux dernières année, j'ai autorisé mon corps à être mon guide. A me dicter son rythme. A ne pas écouter les gens autour de moi qui s'évertuent à me dire que ma fatigue est passagère, que je vais aller mieux, que je pourrai à nouveau en faire plus.
En faire moins
Mais à accepter d'en faire moins. C'est dans cet aspect que je me suis reconnue dans le livre de Tricia Hersey. Elle ne considère pas le repos comme quelque chose qu'on mérite quand on a bien travaillé. Et surtout pas comme une pause pour être plus productive par la suite. Elle dit très bien comment vivre au rythme du corps, c'est aller à l'encontre de tout ce qu'on nous a appris. Comment on est vite ré-entraîné dans la machine qui nous broie, par nos habitudes, par les sollicitations des gens qui nous entourent. C'est un combat de tous les instants de vraiment se reposer.
Elle est réaliste sur le fait que se reposer nécessite d'accepter de faire moins, d'avoir moins. Elle encourage à faire une pause des réseaux sociaux qu'elle considère come une extension du système capitaliste et de la suprématie blanche. J'ai trouvé dans ce livre le discours qui me manque dans tous les témoignages de personnes qui quittent les réseaux sociaux ou se tournent vers l'analogique. Pour une fois, il n'y a pas d'injonction à en profiter pour apprendre 5 langues, organiser sa vie dans un agenda en utilisant des dizaines de stickers, stylos en couleur et autre washi tape.
Personne ne conseille aussi bien que Tricia Hersey de quitter instagram pour aller se poser dans l'herbe et regarder les nuages. De le faire pour résister à un système d'oppression. Pour prendre soin de soi, respecter et exprimer ses limites. Et pour pouvoir continuer à être présente pour sa communauté.